La sexopérinatalité est un domaine de compétences du sexologue clinicien, qui s’intéresse aux dynamiques du couple, de la santé sexuelle et reproductive dans le cadre de la phase de conception au post-partum. Il est très clair aujourd’hui que nous nous devons – en tant que soignant.es – d’accompagner en accord avec leurs envies et valeurs les femmes enceintes et les couples à mieux vivre cette période.
C’est ce pourquoi j’en ai écris un livre.
En voici l’introduction :
« Un matin, une femme enceinte est entrée à la Musardine et a demandé au libraire s’il existait un Kamasutra de la grossesse. Surpris, le libraire ne put que répondre par la négative.
Cet ouvrage a été pensé et conçu pour pallier en partie ce manque. S’il existe beaucoup d’ouvrages sur divers sujets liés à la périnatalité[1] ,peu abordent la sexualité. Il y a des livres qui parlent de sexualité post-partum[2], mais peu de pages sont consacrées à la grossesse en elle-même. Lorsque c’est le cas, les ouvrages se cantonnent souvent aux couples hétérosexuels et aux représentations normatives de la sexualité. L’accès à l’information en santé sexuelle périnatale est encore trop faible, que ce soit en institution, en cabinet ou sur la toile. Seule la prévention autour de la « reprise de la sexualité » après l’accouchement se développe depuis quelques années. Parler de la sexualité après bébé, c’est devenu possible. Parler de sexualité pendant la grossesse, moins. Tout est tourné vers l’après. Nous lisons partout comment reprendre une vie sexuelle. Les verbes employés parlent d’eux-mêmes : « reprendre, retrouver, récupérer, rattraper, relancer, réinventer » … À vouloir sans cesse retrouver cette sexualité, « celle d’avant » comme disent les patient.es, on en viendrait presque à oublier qu’elle ne disparaît pas toujours. Il faut le dire : le sexe pendant la grossesse, cela existe, mais c’est secret et peu documenté. Les interdictions, les peurs, les différences de désir dans le couple, amènent beaucoup d’insatisfaction dans la vie intime des femmes et des couples. Au cabinet, je remarque qu’il persiste une multitude de croyances erronées, une méconnaissance du corps mais aussi un manque de réflexivité sur ce que cela veut finalement dire « bien vivre sa vie sexuelle » dans cette période de transition à la parentalité.
La grossesse n’efface pas nécessairement nos désirs. Est-ce si inconcevable pendant cette période de vivre une vie érotique épanouissante, en accord avec nos désirs et nos non-désirs ?
Oui, la grossesse entraîne des modifications physiques et biologiques, mentales et émotionnelles mais aussi sociales, relationnelles qui peuvent impacter la sphère sexuelle. Cette période de vie est remplie de changements déstabilisants. Un certain nombre de personnes peut alors vivre cette période comme totalement inappropriée à la vie sexuelle ou encore avoir une représentation négative de cette dernière. Mais les changements inhérents à la grossesse n’entravent pas toujours la vie érotique. La sexualité peut évoluer pendant la grossesse, à la baisse comme à la hausse. C’est parfois l’occasion d’un renouveau intime : les pratiques sexuelles changent, les ressentis corporels et émotionnels varient, le couple – s’il y a – vit une transition sans précédent. Si désirée, la sexualité solitaire et/ou relationnelle peut être satisfaisante, épanouissante et sans danger. Il faut le marteler mais aussi comprendre pourquoi ce n’est pas encore pleinement entendu.
Ces réflexions ne doivent pas produire une énième injonction : l’obligation d’avoir une vie sexuelle pendant la grossesse. Certains couples ont attendu des années avant d’arriver à concevoir, certaines ont décidé de faire un bébé « toute seule ». D’autres ont dû être « aidés » par une assistance médicale, ont vécu des drames périnataux. Certaines femmes ont connu des grossesses où « tout a été difficile » ou à l’inverse « une période idyllique ». Les grossesses ne se ressemblent pas, chaque individu à sa propre trajectoire de vie et l’expérience de la sexualité en sera nécessairement différente. Ma propre expérience de la grossesse m’a initialement fait hésiter à écrire un ouvrage dont je refusais qu’il puisse être à l’origine de nouvelles injonctions. J’en avais moi-même souffert durant ma propre expérience de grossesse : injonction au sujet de mes pratiques sportives, de mon poids et de façon plus générale sur la manière dont je dois me comporter durant cette grossesse, que ce soit au travail ou dans ma vie privée.
“La sexualité du post-partum dépend étroitement de la qualité de la sexualité qui a existé avant et pendant la grossesse[3] » est une phrase que j’ai souvent entendue lors de mes études. Je reste dubitative concernant ce constat car ce n’est pas quelque chose que j’ai spécialement remarqué dans mon expérience personnelle. Comme dit plus haut, la grossesse est une parenthèse, où la sexualité peut être absente comme très présente. Je ne pense que cela change quoi que ce soit à la sexualité post-partum. Nous pouvons avoir l’impression que si la sexualité n’existe pas pendant la grossesse alors elle ne peut pas reprendre « correctement » après l’accouchement. En tout cas c’est ce que j’ai cru lorsque je recevais des femmes en post-partum affolées d’avoir perdu le contact intime avec leur partenaire « déjà depuis la grossesse ». Certaines personnes désexualisent et désérotisent cette période, et dès la grossesse finie, se retrouvent. Il faut cesser les discours culpabilisants qui ne font qu’entretenir l’insatisfaction dans l’intimité.
Se sentir en adéquation avec ses désirs et non-désirs tout en gardant une complicité intime : c’est bien l’objet de mon ouvrage ».
[1] Notamment les écrits d’Anna Roy, sage-femme et autrice de nombreux ouvrages en lien avec la maternité
[2] « Réinventer sa vie intime après bébé : un guide pratique bienveillant pensé par une sexologue engagée » Camille Bataillon Kiwi édition 2021 ou encore “ Le grand livre du sexe après l’accouchement : preserver l’amour et l’intimité dans son couple “ par Debra Pascali Bonaro, Edition Le Hetre Myriadis, 2024 ou encore “Le désir après bébé : devenir parents et rester amants” par Maryse Dewarrat, Edition Eyrolles, 2017
[3] « Sexualité du postpartum » C. Fabre-Clergue a, H. Duverger-Charpentier b, La revue sage-femme volume 7 issue 6, 2008