La sexualité à l’adolescence… un sujet qui met souvent mal à l’aise, autant les ados que les adultes. Et pourtant, c’est un passage incontournable de leur développement, un moment où ils ont besoin de repères solides, d’écoute, et surtout… de bienveillance.
En tant que parent, éducateur ou pro de l’accompagnement, on peut vite se sentir démuni : comment en parler sans gêne ? Que dire sans projeter nos peurs ou nos propres normes ? Quels mots utiliser pour être à la fois juste, respectueux et utile ?
Cet article a pour but de vous donner quelques clés pour aborder la sexualité ado sans tabou ni jugement. Pas pour « tout savoir », mais pour ouvrir la discussion avec respect, confiance… et réalisme.
Tout comme je le répète dans mon blog à chaque article : n’hésitez pas à en parler à des professionnels de santé et de la santé sexuelle.
Les premiers questionnements à l’adolescence
C’est souvent vers 11, 12 ou 13 ans que les premiers questionnements surgissent : le corps change, les émotions s’intensifient, le regard des autres devient plus important. On parle d’amour, de désir, de normes sociales… parfois sans trop savoir ce que tout cela veut dire.
À cet âge-là, les ados cherchent des repères. Ils testent, ils s’interrogent, ils comparent. Et bien souvent, ils ne posent pas directement leurs questions aux adultes (surtout si ces derniers sont mal à l’aise). Pourtant, ils ont besoin d’un cadre pour penser leur propre sexualité sans culpabilité.
Ce qu’ils attendent de nous : de l’écoute, pas des leçons. Des réponses honnêtes, pas des discours figés.
Pornographie et réseaux sociaux : impacts sur l’imaginaire sexuel
Aujourd’hui, les ados sont exposés à des contenus explicites bien plus tôt qu’on ne l’imagine — et parfois sans le chercher. La pornographie, omniprésente sur le net, devient parfois leur première « source d’information » sur la sexualité. Le problème, c’est qu’elle ne montre qu’une sexualité très stéréotypée, souvent violente, qui ne parle ni de consentement, ni de respect, ni de plaisir partagé.
Les réseaux sociaux, eux, façonnent des normes esthétiques et relationnelles parfois très éloignées de la réalité. Le corps devient objet de jugement, de performance.
Notre rôle n’est pas de diaboliser ces contenus, mais de protéger les ados – d’aider les grands ados à les décrypter (les normes et violences du porno). À faire la différence entre fantasme et réalité. À garder un esprit critique.
Le rôle des parents vs celui des pairs
On le sait : à l’adolescence, l’avis des copains et copines prend une place immense. Les discussions entre pairs sont précieuses, mais elles peuvent aussi véhiculer de fausses croyances.
Les parents, même s’ils ont parfois l’impression que leur parole ne compte plus, restent une figure d’ancrage. Par leur attitude, leur ouverture, ils peuvent montrer que parler de sexualité n’est pas honteux. Que c’est normal d’avoir des questions. Que le respect de soi et de l’autre est essentiel.
Pas besoin d’être parfait, c’est impossible : essayer d’être disponible, sans moquerie ni dramatisation, c’est déjà un défi. Même une petite phrase peut ouvrir un espace de confiance.
Parler de plaisir, de respect, de protection
Trop souvent, l’éducation sexuelle se limite à « attention aux IST » ou « mets un préservatif ». Mais la sexualité, ce n’est pas que du risque : c’est aussi du plaisir, du désir, du partage. Des émotions fortes.
Oser parler de plaisir, c’est aussi transmettre l’idée que chacun a le droit d’en ressentir… ou pas. Qu’il est légitime de dire non, comme de dire oui, dans le respect mutuel.
Aborder la protection, c’est aussi parler de consentement, de contraception, d’IST — sans dramatiser, mais sans rien minimiser non plus.
Genre, orientation, identité : accompagner sans imposer
De plus en plus d’ados s’interrogent sur leur orientation sexuelle, leur genre, leur manière d’aimer ou de s’identifier. Et c’est une bonne chose : cela veut dire qu’ils se sentent un peu plus libres qu’avant d’en parler.
Mais cela peut aussi désarçonner. En tant qu’adulte, on peut se sentir dépassé, ne pas savoir comment réagir.
L’essentiel, c’est de rester dans l’accueil. On n’a pas à comprendre tout de suite, mais à soutenir. Laisser le jeune explorer, poser ses mots, trouver sa voie — sans lui coller d’étiquettes ou chercher à le « ramener » vers ce qu’on considère comme « normal ».
Outils utiles : ressources, associations, livres
Heureusement, on n’est pas seul pour aborder ces sujets ! Il existe plein de ressources accessibles, bien faites, et adaptées aux jeunes comme aux adultes.
En voici quelques-unes que je recommande souvent :
🔸 Sites et plateformes éducatives :
- Onsexprime.fr – un site clair et rassurant, conçu pour les ados
- Planning Familial
- Le site du CRIPS île de France avec beaucoup de ressources
🔸 Livres érotiques pour les ados (à défaut du porno mainstream) :
- Tous les livres de la collection « l’ardeur » (voir ma bibliothérapie)
- 🤳 Compte Instagram : adosexo de Camille aumont Carnel et Gwen.sexosophe de Gwen ecalle (sexologue et éducatrice)
En résumé
Parler de sexualité avec les adolescents, ce n’est pas évident. Mais c’est essentiel. Pas pour leur imposer une vision, mais pour les accompagner à construire la leur, dans le respect de leur corps, de leurs émotions, et des autres. Soyons présents, ouverts, certes parfois maladroits — mais toujours sincères. C’est tout ce qu’ils demandent.