Éducation à la vie affective et intime chez l’enfant

9–13 minutes

Comment parler d’amour et de sexualité à son enfant ? Conseils pour une éducation affective bienveillante

L’éducation affective et sexuelle de l’enfant est un sujet qui suscite, chez beaucoup de parents, autant d’envie que d’appréhension. Comment aborder cet univers avec bienveillance, simplicité et sans tabou ? Comment poser un cadre sain et sécurisant ? Parce que l’amour, l’intimité, le corps, le consentement ne sont pas des sujets réservés à l’adolescence ou à l’âge adulte, ils prennent racine dès l’enfance. Cet article vise à démystifier la sexualité chez l’enfant, à donner des repères concrets aux parents pour qu’ils puissent : entamer le dialogue, nommer les bonnes choses, poser des limites respectueuses, accompagner les questionnements de façon rassurante.

En libéral comme en institution : Les consultations auprès de sexologue, de conseiller en santé sexuelle est tout à fait possible ! Il m’arrive régulièrement de recevoir des parents qui se posent beaucoup de questions et attendent des conseils. Je propose parfois dans ce cadre des ateliers créés exclusivement pour quelques familles qui souhaitent proposer cela à leurs enfants. 

Bien sûr, le médecin, l’infirmière, peuvent tout à fait commencer ce relais au sujet de la sante et du corps humain chez l’enfant – tout comme l’éducateur spécialisée et les autres professionnels sociaux. 

Pourquoi l’éducation affective commence dès l’enfance

L’éducation affective – autrement dit l’apprentissage des émotions, des relations, du corps, du respect de soi et de l’autre – ne débute pas quand « tout est prêt », mais bien tout au long de l’enfance.


Dès le plus jeune âge, l’enfant explore son corps, expérimente le contact avec l’autre, teste les limites. Il perçoit les émotions, les désirs, les jeux de regard, l’empathie, la frustration. En ne parlant pas de ces réalités, on transmet le message implicite que « ce dont on ne parle pas » est gênant, tabou. Alors qu’au contraire, un dialogue ouvert et adapté donne à l’enfant les outils pour comprendre :

  • que son corps lui appartient,
  • qu’il a le droit de dire « non »,
  • qu’il peut poser des questions,
  • que l’amour et la sexualité sont des dimensions naturelles de la vie humaine.
    Instaurer dès l’enfance cette culture de la bienveillance et du respect aide à prévenir non seulement les malentendus et confusions mais aussi les risques liés à l’intimité, au consentement ou au développement d’une sexualité saine.

En bref : l’éducation affective dès l’enfance, c’est poser un cadre préventif, sécurisant, libérateur. Ce n’est pas parceque vous en parlez à votre enfant, que cela va le sexualiser (crainte numero une des parents). 

Ce que dit la loi et l’Éducation nationale (EVARS)

En France, l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) est obligatoire à l’école dans certains cadres.

L’Education nationale recommande aux établissements d’organiser chaque année au moins trois séances d’éducation à la vie sexuelle, réparties dans différents niveaux, intégrant l’affectivité, la relation, le respect, le corps. Cela pose un cadre institutionnel : l’école n’est pas seule responsable, mais elle propose un socle.

Pour les parents, cela signifie :

  • qu’il existe une reconnaissance officielle de l’importance de l’éducation affective et sexuelle,
  • qu’il est pertinent de s’y associer, de dialoguer avec l’école, de prolonger à la maison les notions abordées en classe,
  • qu’il est utile de se renseigner sur ce que fait l’école de votre enfant pour pouvoir l’accompagner.
    L’EVARS vise à promouvoir : le respect du corps, l’égalité filles‑garçons, la prévention des violences sexuelles, la compréhension des émotions. Cela constitue un cadre de référence utile pour les parents souhaitant agir de façon proactive.


👉 Conseil : renseignez‑vous auprès de l’établissement de votre enfant pour connaître le programme EVARS, demandez à voir les supports ou interventions, et prévoyez un moment de discussion à la maison après chaque séance.

Ce qu’un enfant peut comprendre à chaque âge

L’un des aspects essentiels est d’adapter le discours à l’âge de l’enfant, à son niveau de développement.

Voici un schéma indicatif qui est non exhaustif : vous pouvez en créer un vous même a la maison, entre parents, pour réfléchir à ce que vous aimeriez transmettre vous à vos enfants. Se rendre actif et non passif dans la démarche éducative est un point clef pour vous les parents. 

Âge

Ce que l’enfant peut saisir

Comment l’aborder

0‑3 ans

Le corps, les caresses, les contacts, les émotions

Utiliser le bon vocabulaire (« vulve », « pénis », pas seulement « zizi », « zézette »), nommer les parties du corps, dire « tu peux te laver ici, toucher là », valoriser le respect du « mon corps / ton corps ».

3‑6 ans

Les différences filles‑garçons, l’intimité, le non‑respect des limites

Dire : « ton corps t’appartient », « on ne touche pas les parties intimes d’un autre sans accord », répondre simplement à des questions (« pourquoi tu me touches là ?») sans en faire un tabou.

6‑10 ans

Les émotions, l’amitié, les premières curiosités sur le corps et la reproduction

Introduire la notion de puberté, expliquer simplement comment on fait les bébés (sans excès de détails), parler du respect, du consentement, des limites.

10‑14 ans (pré‑ado/ado)

Puberté, identité, orientation, désir, relation amoureuse

Aborder les transformations du corps, les émotions complexes, la notion de consentement, la diversité des identités de genre et des orientations (dans la mesure de l’âge), rester disponible pour les questions, clarifier les mythes.

L’idée est de poser les bases tôt, puis d’ajuster et d’enrichir progressivement. Cela évite de tout révéler d’un coup (moment embarrassant), et crée un espace de dialogue continu et ouvert.


👉 Conseil : observez l’enfant, soyez attentif à ses questions, son langage. Ce qu’il vous demande est souvent ce qu’il peut comprendre/entendre. Répondez, puis reparlez‑en plus tard.

Répondre aux questions embarrassantes sans gêne

Certaines questions parentales suscitent de la gêne : « Comment on fait les bébés ? », « Pourquoi j’ai mes règles ? », « Pourquoi tu es amoureux/se ? ». La clé est d’adopter une posture d’ouverture, de simplifier sans mensonge, de rester cohérent avec vos valeurs.

Quelques conseils pratiques

  • Respirez avant de répondre. Ne vous sentez pas obligé(e) de tout dire immédiatement. Il est acceptable de dire : « Bonne question ! Je vais réfléchir à une réponse et on en reparle. »
  • Utilisez un vocabulaire adapté : privilégiez les mots corrects (vulve, pénis, testicules) de façon naturelle. Comme l’indique Charline Vermont, « les termes « zizi », « zézette » affaiblissent l’idée que ce sont des parties normales du corps ».
  • Soyez factuel mais bienveillant. Exemple : « Pour faire un bébé, un spermatozoïde du papa rencontre un ovule de la maman, et cela commence la grossesse. Si tu veux, je peux te montrer un dessin simple. »
  • Respectez le rythme de l’enfant. Il peut poser une question un jour et d’autres plus tard. Vous pouvez l’inviter à y revenir.
  • Valorisez le questionnement. Dites‑lui que c’est normal d’avoir des doutes ou envie de comprendre. Vous êtes là pour ça.
  • Installez un cadre sécurisé : « Tu peux me poser toutes les questions, je t’écoute. Si je ne sais pas, on regarde ensemble. »
    ‑ Enfin, évitez de sur‑exposer ou dramatiser. Le but n’est pas de tout dévoiler en détail, mais de donner un cadre adapté à son âge et à son besoin.

Nommer les parties du corps : pourquoi c’est essentiel

Nommer correctement les parties génitales peut sembler un simple détail, mais c’est en réalité un pilier de l’éducation affective et sexuelle bienveillante.

Pourquoi ça compte :

  • Cela donne à l’enfant le vocabulaire du corps, ce qui facilite la communication, réduit la honte ou l’embarras.
  • Cela aide à instaurer la notion de limite et de consentement (« on touche mes parties intimes seulement si j’accepte »).
  • Cela réduit la vulnérabilité : quand l’enfant connaît les mots, il peut communiquer en cas de doute, d’inconfort, d’abus.
  • Cela contribue à la normalisation du corps : le pénis, la vulve, les testicules ne sont ni « sale » ni « interdits », mais des parties comme les autres. Comme l’explique Charline Vermont, consœur spécialisée et autrice d’un petit livre qui vous aidera à parler à vos enfants  : « Alors qu’on appelle bien le nez, la bouche, les oreilles par leur nom véritable, les parties génitales sont souvent nommées autrement. » 

Comment procéder :

  • Dès que cela semble pertinent, utilisez le bon terme (« pénis », « vulve », « testicules ») avec naturel, sans dramatisation.
  • Corrigez avec bienveillance si l’enfant utilise un terme familièrement incorrect. Exemple : « Oui, certains enfants disent « zizi », d’autres « pénis ». On peut dire « pénis », c’est le nom exact. »
  • Expliquez les fonctions de façon simple : « Le pénis sert à uriner, à avoir des enfants plus tard. La vulve est ce qu’on voit à l’extérieur chez la fille… »
  • Expliquez aussi la notion de parties « privées » : celles qu’on ne montre qu’avec accord (chez soi, à un professionnel de santé avec un parent).
  • Intégrez régulièrement ce vocabulaire dans les échanges quotidiens, sans que cela devienne un exercice académique ou embarrassant.

L’importance du consentement dès le plus jeune âge

Le mot « consentement » (accepter / refuser) est à regarder comme un pilier de l’éducation affective et sexuelle. Il s’apprend très tôt.

Pourquoi c’est essentiel :

  • Il s’agit de donner à l’enfant la notion que son corps et ses émotions comptent : il ou elle a le droit de dire « oui » ou « non ».
  • Il apprend à respecter l’autre : avant de toucher quelqu’un, de faire une câlin, de modifier l’espace de l’autre.
  • Cela prévient les violences, le harcèlement, les rapports déséquilibrés.
  • Cela pose les bases d’une sexualité future respectueuse. Savoir dire non c’est aussi savoir dire oui quand on le souhaite vraiment. Cela permet aux adultes de dire un vrai oui plus tard dans leur sexualité. 

Comment l’enseigner :

  • Dès tout petit : « Veux‑tu un câlin ?» « Tu veux que je ferme la porte ?» « Tu veux jouer seul ou avec moi ?»
  • Dire que « non » est acceptable, et que vous respecterez ce « non ».
  • Si l’enfant dit « non » à un câlin, dites‑lui « D’accord, je comprends. Si tu changes d’avis, tu peux me le dire. »
  • Expliquez que même entre amis ou en famille, certaines zones du corps sont privées et qu’il faut demander avant de toucher.
  • Donnez l’exemple : montrez‑lui que vous respectez votre conjoint·e / partenaire, que vous demandez l’accord pour des gestes d’intimité. Les enfants intègrent beaucoup par l’imitation. Il vaut mieux une belle action que des mots ! 

Cas concrets : comment répondre à « Comment on fait les bébés ?»

Cette question très fréquente peut mettre les parents en difficulté. Voici une manière de l’aborder sans gêne et avec pédagogie.

Exemple de réponse adaptée (en primaire) : variable selon les orientations du couple parental, évidement 

« Bonne question ! Pour faire un bébé, il faut qu’un spermatozoïde du papa rencontre un ovule de la maman. Cela peut se passer quand un homme et une femme s’embrassent, se caressent dans leur intimité, et que le corps de la femme est prêt à accueillir un bébé dans l’utérus. Le bébé va ensuite grandir dans le ventre de la maman pendant environ 9 mois, puis arriver à la naissance. Si tu veux, nous pouvons lire un petit dessin ou livre ensemble. »

Quelques précautions et compléments :

  • Si l’enfant demande beaucoup de détails (position, pénétration…), vous pouvez répondre simplement « Quand tu seras plus grand·e, on pourra en reparler. Ce que tu dois retenir maintenant, c’est que c’est un acte d’intimité entre adultes consentants, que cela peut faire un bébé, et que chacun a le droit de choisir. »
  • Vous pouvez profiter pour introduire le consentement : « C’est bien que tu me poses cette question. Personne n’est obligé de faire cela. C’est entre adultes, et il faut toujours que les deux soient d’accord. »
  • Vous pouvez aussi parler de l’amour/affection, pas seulement de la biologie : « Souvent, on fait un bébé à deux quand on s’aime, mais il existe aussi d’autres façons… »
  • Si l’enfant est plus jeune, évitez le vocabulaire technique excessif ou inadapté. Le but est de donner un repère suffisant pour son âge.
  • Il est bon de réagir non‑émerveillé mais serein : montrer que c’est naturel, pas tabou.

Conclusion

Parler d’amour et de sexualité à son enfant n’est pas un moment isolé mais un processus continu fondé sur la bienveillance, l’écoute, la simplicité et le respect. En posant un cadre dès l’enfance — en nommant les parties du corps, en instaurant le consentement, en adaptant le discours à l’âge de l’enfant et en répondant aux questions sans gêne — vous contribuez à construire un adulte serein, confiant, respectueux de son corps et de celui des autres.

Chaque enfant est différent : soyez attentif à ses besoins, son cheminement, ses temps de questionnement. L’essentiel est que vous soyez présent·e, accessible, prêt·e au dialogue. Et si vous avez un doute, ne vous sentez pas seul·e : il existe des ressources, des livres, des professionnels (éducateurs, psychologues, sexologues) qui peuvent accompagner.  Il m’arrive fréquemment d’accompagner des groupes de parents !

Les livres ou comptes à suivre : 

  • livre de charline Vermont 
  • Compte insta : miriamfelix.off 
  • Compte insta : orgasme et moi