Sexualité et vieillissement : comment évolue la vie intime après 60 ans ?

3–5 minutes

Avec l’âge, la sexualité ne s’arrête pas : elle se transforme. Pourtant, les idées reçues persistent, et beaucoup de seniors n’osent pas parler de leur désir ou de leurs difficultés. En tant que sexologue, je vous propose un éclairage sur la vie intime après 60, 70, 80 ans… pour (re)donner à chacun le droit de vivre une sexualité épanouie, sans honte ni tabou.

Oui, les seniors ont une sexualité – et elle est légitime

La sexualité ne s’arrête pas avec la ménopause ou la retraite. De nombreuses études montrent que les personnes âgées restent actives sexuellement, même si la forme que prend leur intimité évolue. Le désir ne disparaît pas avec le temps : il peut même se libérer, une fois certains stress de la vie active passés (travail, éducation des enfants, pression sociale…).

Le plus grand frein à une sexualité épanouie à cet âge ? Les tabous sociaux, le silence autour du sujet et les maladies chroniques qui impacte la santé perçue ! 

Ce qui change avec l’âge : le corps, le rythme, les ressentis

Le vieillissement s’accompagne de modifications physiologiques :

  • Chez la femme : baisse des œstrogènes, sécheresse vaginale, parfois une diminution du désir ou des douleurs à la pénétration.
  • Chez l’homme : érections moins spontanées ou moins fermes, besoin de plus de temps pour l’excitation ou la récupération.

Mais ces changements ne signifient pas la fin de la sexualité. Ils invitent à réinventer la manière de vivre l’intimité : plus de lenteur, d’écoute, de jeux sensuels…

Le rôle central de la tendresse, du toucher, de la complicité

À mesure que les corps changent, les formes de plaisir évoluent aussi. La sexualité des seniors peut devenir plus tendre, plus profonde, moins « performance », plus « présence ». Le toucher, les caresses, les regards, les massages sensuels prennent une place essentielle.

L’intimité, ce n’est pas seulement « avoir des rapports » : c’est se sentir en lien, désiré(e), écouté(e), touché(e).

Les freins : douleurs, fatigue, solitude, deuil…

Certains événements de vie (maladie, décès du/de la partenaire, isolement social) peuvent impacter fortement la vie intime. De même, certaines douleurs (arthrose, fatigue chronique, douleur au dos …) peuvent freiner l’envie ou rendre l’acte en lui même plus difficile.

Mais beaucoup de solutions existent : accompagnement sexologique, communication dans le couple, traitements adaptés (lubrifiants, traitements hormonaux locaux, thérapies corporelles…).

Le sexologue ne parle pas que de sexe ! Il parle aussi de l’environnement de la personne en demande d’aide, de ses éventuelles douleurs, de sa santé mentale … allez voir un sexologue ne veut pas dire que vous avez un problème mais plutôt que vous allez voir quelqu’un qui pense à votre bien être intime, qui va vous aider à y réfléchir et trouver s’il le faut des solutions pour vous épanouir. 

Parler sexualité avec son médecin ou un(e) sexologue : un pas essentiel

Parler de sexualité à son âge n’est pas indécent : c’est légitime. Pourtant, beaucoup de seniors n’osent pas aborder le sujet en consultation.

En tant que sexologue, je reçois régulièrement des patients de 60, 70, 80 ans. Parfois pour parler de leur désir, parfois de leurs inquiétudes, souvent pour retrouver confiance en leur corps.

La parole libère, et peut redonner accès au plaisir, même après des années de silence.

Sexualité en EHPAD : quelles réalités ? quels droits ?

Un sujet encore plus tabou, mais tout aussi important. J’ai travaillé auprès d’équipe soignante en Ehpad et j’ai pu voir la misère et le manque d’intimité des résidents. Les professionnels sont parfois démunis et ne peuvent faire mieux. 

Les résidents d’EHPAD ont aussi une vie affective et sexuelle. Pourtant, cette dimension est encore trop souvent négligée, voire interdite dans certains établissements.

Cela fait partie des Droits Humains : le droit à l’intimité, à l’amour, au toucher, fait partie intégrante du bien-être.

Des initiatives existent (chambres en couple, personnel formé, accompagnement sexologique…), mais elles restent rares.

5 idées reçues à déconstruire absolument !

1. « À partir d’un certain âge, on n’a plus de désir »

→ Faux. Le désir évolue mais ne disparaît pas forcément.

2. « La sexualité, c’est forcément la pénétration »

→ Faux. Le plaisir peut se vivre de mille façons.

3. « Si mon corps change, je ne peux plus plaire »

→ Faux. Le charme ne dépend pas de la jeunesse.

4. « C’est égoïste de penser à sa sexualité quand on est vieux »

→ Faux. Le plaisir est une composante de la santé globale. En vouloir est légitime et normal. Cela fait partie des Droits Humains. 

5. « Il est trop tard pour consulter »

→ Faux. Il n’y a pas d’âge pour mieux se connaître et se reconnecter à soi.

Conclusion : Une sexualité possible et légitime à tout âge

La sexualité ne s’arrête pas avec l’âge : elle se transforme, s’enrichit parfois. En parler, c’est déjà faire un pas vers plus de liberté, d’authenticité, et de bien-être.

Que vous soyez en couple, veuf/veuve, célibataire, en maison de retraite ou chez vous : vous avez le droit d’exister en tant qu’être sexué… à chaque étape de votre vie.