Indissociables
La dysfertilité, ce trouble qui complique la conception, est bien plus qu’un défi médical. En tant que sexologue et ostéopathe, j’observe régulièrement à quel point elle impacte la sexualité, la relation au corps, et le vécu intime des couples et de la personne en pma sola. Car au-delà des bilans et des traitements, la dysfertilité peut interroger notre rapport au désir, à la performance, et au plaisir.
Comprendre la dysfertilité dans son ensemble
La dysfertilité se définit par l’incapacité à concevoir après un an de rapports réguliers (avec pénétration vaginale et ejaculation intra vaginale) sans contraception. Ses causes sont multiples : facteurs hormonaux, mécaniques, émotionnels, ou encore liés au mode de vie. Si le regard médical se focalise souvent sur les aspects biologiques, il est crucial d’intégrer la dimension psychosexuelle dans la prise en charge.
Dysfonctions sexuelles : un obstacle souvent méconnu à la conception
Parmi les freins à la fertilité, les dysfonctions sexuelles jouent un rôle majeur, bien trop souvent sous-estimé. Troubles de l’érection, éjaculation retardée ou prématurée, baisse de désir, douleurs lors des rapports (dyspareunie) ou troubles de l’excitation peuvent non seulement rendre les rapports moins fréquents ou moins agréables, mais aussi compliquer la période de conception.
Ces dysfonctionnements peuvent apparaître en réaction au stress lié à la dysfertilité, à des traitements médicaux, ou encore être des troubles préexistants exacerbés par la pression du désir d’enfant. Ils impactent directement la qualité des échanges intimes, altèrent la communication entre partenaires, et fragilisent la santé sexuelle globale du couple.
En outre, ces troubles peuvent entraîner un cercle vicieux : la frustration et l’angoisse génèrent des tensions corporelles et émotionnelles, qui elles-mêmes renforcent les dysfonctions, compliquant encore davantage la conception.
Sexualité et fertilité : un duo souvent en tension
Lorsque la conception devient un objectif, la sexualité peut rapidement perdre sa spontanéité. Les rapports, initialement sources de plaisir, se transforment en rendez-vous programmés, à l’heure et selon les jours « fertiles ». Cette pression engendre souvent stress, anxiété, voire un sentiment d’échec, qui viennent altérer la libido et la qualité des échanges intimes.
Les traitements médicaux et les examens peuvent fragiliser l’image de soi, la confiance en son corps, et créer un sentiment de dissociation entre la sexualité et la fonction reproductive.
Le rôle de la thérapie manuelle dans l’accompagnement
La thérapie manuelle, l’ostéopathie peut être un allié dans ce parcours. Tout dépend du ressenti de la personne souffrant de dysfertilité.
Il n’y a pas de preuves scientifiques aujourd’hui pour dire que l’ostéopathie a un impact positif sur la fertilité. À titre personnel : je ne propose pas de thérapie manuelle dans le cadre d’une dysfertilité sauf lorsque la personne est douloureuse et que nous y voyons un intérêt commun.
En revanche, la thérapie manuelle peut aider à moduler le ressenti douloureux face aux douleurs pelviennes ; elle peut améliorer la mobilité des organes reproducteurs et réduire les tensions musculaires qui entravent parfois la fonction sexuelle (du vaginisme par exemple).
Le travail sexologique : retrouver le plaisir et le désir
En sexologie, l’accompagnement vise à dénouer les blocages psychologiques liés à la dysfertilité et aux dysfonctions sexuelles. Cela passe par la reconstruction d’une communication sincère au sein du couple, la gestion du stress et des émotions, et la redécouverte d’une sexualité libérée de l’obligation de procréation.
Les séances permettent également d’explorer les causes profondes des troubles sexuels, souvent multifactoriels, et d’accompagner la mise en place de stratégies adaptées (exercices de relaxation, thérapie cognitive, pratiques corporelles, etc.) pour une plus grande satisfaction intime.
L’objectif est d’accompagner chacun vers une sexualité épanouie, où plaisir et intimité reprennent leur juste place, indépendamment de la fertilité.
Vers une approche globale et bienveillante
La dysfertilité ne doit pas être vécue comme une fatalité ou une cause d’isolement. En combinant une approche corporelle (kiné, osteo, yoga, danse, sophrologie, il existe pleins d’approche pour travailler le corps) et un accompagnement sexologique (si souffrance et insatisfaction), il est possible d’apporter un soutien complet aux couples.
Ce cheminement invite à reconnecter avec soi-même, avec l’autre, et à cultiver un espace intime en parallèle de l’accès à une grossesse.
Il existe de nombreux professionnels de santé pour vous aider : médecins, sage femme, thérapeutes corporels, diététiciens nutritionnistes (l’environnement, ça joue). Parlez en à vos soignants et faites attention à celles et ceux qui vous vendront un protocole tout fait et miracle pour « restaurer votre fertilité » à n’importe quel prix…