La sexologie en France : quid de sa dimension déontologique ?

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La sexologie fascine, interroge, attire.
On parle de plus en plus de sexualité dans les médias, les réseaux sociaux, les cabinets, les podcasts… Et c’est une bonne chose : la sexualité fait partie intégrante de la santé et du bien-être.
Mais cette ouverture pose aussi une question essentielle : quelle est la place de la déontologie en sexologie ?

Qui peut se dire “sexologue” ? Quels cadres éthiques garantissent un accompagnement respectueux et sécurisant ?
Dans un domaine où la parole, le corps et l’intime se rencontrent, ces questions ne sont pas accessoires — elles sont centrales.

Une discipline à la croisée des chemins

En France, la sexologie n’est pas une spécialité médicale reconnue au même titre que la cardiologie ou la dermatologie.
C’est une discipline transversale, exercée par des professionnel·les aux formations variées : médecins, psychologues, sages-femmes, kinésithérapeutes, infirmiers, ostéopathes, thérapeutes formé·es à la sexologie clinique ou à l’éducation sexuelle.

Cette diversité est une richesse — elle permet d’aborder la sexualité sous de multiples angles : biologique, psychologique, relationnel, corporel, émotionnel.
Mais elle implique aussi un devoir de clarté et de transparence vis-à-vis du public.
Chaque praticien·ne doit pouvoir situer sa formation, son champ de compétence et ses limites.

Déontologie : protéger la personne, respecter l’intime

L’accompagnement sexologique suppose une proximité particulière.
On parle de désir, de honte, de trauma, de plaisir, parfois de pratiques intimes, de blocages corporels.
Ce lien exige une éthique rigoureuse, fondée sur trois piliers :

  1. Le respect de la personne : accueil sans jugement, bienveillance, confidentialité absolue, respect du rythme de chacun·e.
  2. Le consentement : rien ne doit jamais être imposé ni suggéré hors du cadre de la parole thérapeutique. Le patient reste maître du contenu, du tempo, du degré de partage.
  3. La non-intrusion : la sexologie clinique repose sur l’écoute, la parole, l’éducation, la compréhension du corps — mais jamais sur le passage à l’acte. Aucun toucher, aucune mise en situation “pratique” n’a sa place dans un cadre thérapeutique éthique.

Ces principes semblent évidents, mais ils doivent être rappelés, car certaines dérives existent encore — souvent liées à un flou de formation ou à un manque de supervision.

Le rôle des organismes et des chartes éthiques

Plusieurs associations et sociétés savantes (comme la Fédération Française de Sexologie et de Santé Sexuelle – FF3S, la Société Française de Sexologie Clinique – SFSC, ou l’AIUS) œuvrent pour une professionnalisation du champ.
Elles ont mis en place des codes de déontologie, inspirés des grandes chartes médicales et psychothérapeutiques.

Ces textes rappellent les obligations de confidentialité, de compétence, de respect du consentement et d’indépendance du praticien.
Ils encouragent également la formation continue, la supervision régulière et la collaboration pluridisciplinaire — autant de garanties pour des prises en charge sûres et cohérentes.

Une responsabilité collective : vers une sexologie éthique et claire

Aujourd’hui, la sexologie attire autant de professionnel·les passionné·es que de personnes peu formées mais très visibles sur les réseaux.
C’est pourquoi la vigilance déontologique est une responsabilité collective :

  • du côté des praticien·nes, pour maintenir une exigence de compétence et d’intégrité ;
  • du côté du public, pour oser demander le parcours, la formation et le cadre d’exercice de la personne consultée.

La crédibilité de la sexologie française dépend de cette transparence.
Et c’est aussi ce qui lui permettra d’être pleinement reconnue comme un champ de soin à part entière — fondé sur la rigueur, le respect et la confiance.

Conclusion : une éthique du soin, avant tout

La sexologie ne consiste pas à “faire parler de sexe”, mais à prendre soin de la vie intime dans toutes ses dimensions.
Cela suppose une éthique claire, un cadre solide, une posture juste.
Être sexologue, c’est tenir un espace où le corps, la parole et le désir peuvent se rencontrer sans danger, sans jugement, sans confusion.

La déontologie n’est donc pas une contrainte — c’est la condition même du soin.
Elle protège les patient·es, mais aussi les praticien·nes, en rappelant que le respect de l’intime est la première des compétences.