Soigner, ce n’est pas simplement “agir sur un symptôme”.
C’est comprendre une personne dans sa globalité : son corps, son histoire, ses émotions, ses relations, ses habitudes, ses croyances.
Et cela ne peut se faire qu’à plusieurs voix.
La transdisciplinarité, c’est cette capacité à faire dialoguer les disciplines autour du patient, au lieu de les empiler les unes à côté des autres.
Ce n’est pas un luxe, ni une mode : c’est une nécessité pour un soin humain, cohérent et durable.
De la pluridisciplinarité à la transdisciplinarité : dépasser la juxtaposition
On parle souvent de pluridisciplinarité — lorsque plusieurs professionnel·les interviennent auprès du même patient.
Mais la transdisciplinarité va plus loin : elle ne se contente pas d’ajouter des expertises, elle les fait se rencontrer.
Le kinésithérapeute, le médecin, la psychologue, l’ostéopathe, la sexologue, la sage-femme… chacun apporte son regard.
Mais c’est dans la mise en lien de ces regards que naît une compréhension plus fine : celle du corps vécu, du corps ressenti, du corps relationnel.
Le patient n’est plus un “cas” qu’on segmente — il redevient un être complet, traversé par des dimensions physiques, psychiques et sociales qui s’entrelacent.
Le corps comme point de rencontre
Le corps est un formidable terrain d’échanges entre disciplines.
C’est lui qui exprime les tensions, les émotions, les histoires.
Et c’est souvent lui qui appelle à une écoute plurielle.
Une douleur pelvienne, par exemple, peut être mécanique, émotionnelle, hormonale, sexuelle, relationnelle, ou tout cela à la fois.
Aucun·e professionnel·le, seul·e, ne peut prétendre en saisir toute la complexité.
Mais ensemble — thérapeutes corporels, sexologue, psychologue, gynécologue, médecin généraliste — nous pouvons accompagner la personne dans toutes les dimensions de son vécu.
C’est ce dialogue qui fait la richesse du soin.
Et c’est aussi ce qui permet au patient de se sentir compris, reconnu, respecté dans sa singularité.
La collaboration au service du soin, pas de l’ego
Travailler en transdisciplinarité, c’est accepter de ne pas tout savoir.
C’est reconnaître que l’autre, par sa pratique, son angle, son expérience, peut voir ce que je ne vois pas.
Cela demande de la curiosité, de la confiance et une vraie humilité professionnelle.
Mais quand ce cadre existe, le patient en bénéficie directement :
- Les prises en charge sont plus cohérentes.
- Le discours du soin devient moins fragmenté.
- Les allers-retours entre professionnels évitent les errances thérapeutiques.
Et surtout : le patient sent qu’il n’est pas seul.
Vers une culture du soin intégratif
La transdisciplinarité n’est pas qu’une méthode : c’est un état d’esprit.
Elle repose sur une conviction simple : la santé ne se divise pas.
Le corps et le psychisme dialoguent en permanence, et chaque symptôme est une information à relier, pas à isoler.
Dans ma pratique, cela me semble essentiel :
- Les thérapies corporelles (kiné, osteo, mouvements) permet d’écouter le corps, de libérer ses tensions, de lui rendre du mouvement.
- La sexologie ouvre à la parole, au ressenti, au sens, au vécu émotionnel et relationnel.
Quand ces deux plans se rencontrent, le soin devient global : le corps retrouve sa liberté, et la personne, sa cohérence.
Conclusion : remettre le patient au centre, ensemble
La transdisciplinarité, c’est tout simplement remettre le patient au centre.
Ce n’est pas un concept abstrait, mais une pratique quotidienne faite de dialogue, de respect mutuel et de co-construction.