La sexualité fait partie de la vie. De toutes les vies. Pourtant, dès qu’on parle de handicap, le silence s’installe. Comme si le désir devait s’éteindre lorsque le corps change, lorsque la mobilité, la sensibilité ou l’autonomie sont différentes.
Et pourtant : le corps, même blessé, différent ou limité, reste un corps vivant. Il ressent, il désire, il communique.
Le handicap ne fait pas disparaître la sexualité — il invite simplement à la redécouvrir autrement. Les sexologues sont là pour accompagner, si besoin, les personnes en situation de handicaps (moteur, mental, invisible) dans l’accès à leur Droit au bien être intime.
Redéfinir la sexualité : au-delà des normes et de la performance
On associe souvent la sexualité à une forme de “normalité” : un corps valide, des gestes précis, une idée du plaisir centrée sur la performance.
Mais la sexualité, c’est avant tout une expérience sensorielle, émotionnelle et relationnelle. Ce n’est pas une mécanique à reproduire, mais un langage du corps et du lien.
Lorsqu’on vit avec un handicap, qu’il soit moteur, sensoriel, neurologique ou chronique, ce langage se transforme.
La perception du corps, la mobilité, la douleur ou la fatigue peuvent bouleverser la façon dont on se vit soi-même. Mais c’est aussi une opportunité de se réapproprier son corps autrement : d’écouter, d’explorer, d’oser de nouveaux chemins du plaisir.
Dans mon approche d’ostéopathe et de sexologue, je vois souvent combien le corps et le psychisme s’influencent. Une douleur chronique, une cicatrice, une raideur ou une perte de mobilité peuvent freiner le désir, mais aussi être des points de départ pour un travail sur la sensorialité, la respiration, la détente et la conscience corporelle.
La sexualité ne disparaît pas avec la différence — elle se déplace, s’invente, se réinvente.
Vivre sa sexualité avec un handicap : réalités et possibles
Il existe autant de sexualités que de corps.
Certaines personnes vivant avec un handicap moteur doivent repenser la manière de se positionner, de se toucher, de faire l’amour. D’autres, avec un handicap sensoriel, explorent davantage le toucher, l’odeur, la voix, la proximité. Les handicaps neurologiques ou chroniques peuvent quant à eux modifier la perception du plaisir ou la communication dans le couple.
Ces ajustements ne sont pas des renoncements : ils sont souvent des chemins de créativité et d’intimité renouvelée.
Le plaisir peut passer par d’autres zones, d’autres rythmes, d’autres échanges.
Le handicap oblige à se parler, à se comprendre, à exprimer ses besoins — et cette communication est souvent la clé d’une sexualité plus authentique et plus consciente.
La difficulté, c’est que ces sujets restent tabous. Ni les soignants ni la société n’en parlent vraiment. Les personnes concernées se retrouvent parfois seules, avec la peur de ne pas “être normal·e”, ou de ne plus “avoir droit” à une vie sexuelle.
Briser ce silence, c’est déjà un acte de soin.
L’accompagnement sexologique et corporel : une approche globale
La sexologie peut aider à remettre des mots sur le vécu, à déculpabiliser le désir et à redonner confiance.
Mais pour moi, le travail passe aussi par le corps.
En ostéopathie, le toucher thérapeutique permet souvent de renouer avec des sensations, de relâcher des tensions, de réhabiter le corps autrement. Le corps blessé, médicalisé, “fonctionnalisé” retrouve sa dimension sensible et vivante.
L’accompagnement sexologique, lui, aide à explorer les émotions, les peurs, le rapport au partenaire, à la norme, à la performance. Ensemble, ces approches permettent de reconstruire une continuité entre le corps, le cœur et le désir.
Parce qu’on ne soigne pas une sexualité “comme un symptôme” : on accompagne une personne dans toute sa complexité, sa sensibilité et son histoire.
Oser en parler : le premier pas
La sexualité est parfois perçue comme un luxe.
Vivre avec un handicap exclu parfois. Il faut faire changer ça. Pour cela, en parler est déjà un premier pas… Parler de sexualité, c’est déjà prendre soin de soi.
Que ce soit avec un·e sexologue, un·e thérapeute ou un·e soignant·e de confiance, oser mettre des mots sur le désir, les difficultés, les douleurs ou les blocages est une étape essentielle.
Vous y avez droit.