Le cancer bouleverse tout : le corps, les émotions, la vie quotidienne, le rapport à soi et aux autres.
Mais parmi les transformations qu’il entraîne, il en est une dont on parle trop peu : celle de la santé sexuelle.
Comme si, face à la maladie, le désir devait se taire. Comme si le plaisir n’avait plus sa place.
Pourtant, le corps malade, opéré, cicatrisé, chimiothérapé, reste un corps vivant.
Il continue de ressentir, d’aimer, de chercher le contact.
L’envie de sensualité, d’érotisme, de sexualité ne disparaît pas forcément avec la maladie — bien que cela devienne parfois un luxe.
Le corps médicalisé : entre perte de repères et besoin de sens
Les traitements, les opérations, la fatigue, les effets secondaires (douleurs, sécheresse, perte de sensibilité, nausées, modification de la silhouette…) viennent profondément transformer le rapport au corps.
On ne le reconnaît plus toujours.
Il devient “objet de soins”, “terrain d’examens”, parfois source de colère ou de honte.
Mais même ce corps médicalisé garde une mémoire sensorielle.
Sous la peur, la douleur, ou la pudeur, il existe encore une part vivante, sensible, capable d’émotion et de plaisir.
L’enjeu n’est pas de retrouver “comme avant”, mais de réapprendre à habiter ce nouveau corps — à lui redonner droit au toucher, à la tendresse, à la douceur.
Désir et cancer : un autre tempo, d’autres chemins
Le désir n’est pas un réflexe mécanique ; il est profondément lié à l’état de santé, à l’énergie, à la confiance, à l’image de soi.
Pendant et après un traitement oncologique, il est souvent mis à rude épreuve : fatigue, peur de la rechute, changement d’apparence, cicatrices, perte de cheveux, ménopause / andropause induite, douleurs…
Le désir et le plaisir peut renaître autrement : par la lenteur, par la parole, par la tendresse, par le simple plaisir de se sentir vivant·e.
La sexualité devient alors un espace de réconciliation : entre soi et son corps, entre soi et son partenaire, entre la maladie et la vie.
L’accompagnement sexologique et corporel : reconstruire la continuité
Le travail thérapeutique autour de la sexualité en oncologie n’est pas seulement une question de technique ou de performance.
C’est un travail de réappropriation du corps et du plaisir, dans un contexte où la priorité médicale a longtemps été la survie. J’ai longuement accompagné des personnes en situation de douleurs chroniques (liées parfois aux cancers) : elles peuvent avoir l’impression qu’elles n’ont plus le droit ni l’accès au bonheur érotique.
En sexologie, on aborde la peur, la honte, la communication dans le couple, les difficultés de désir, d’érection, de lubrification ou d’image corporelle.
En ostéopathie, on agit sur la douleur, la respiration, les tensions cicatricielles, les pertes de mobilité, les inconforts liés aux traitements (soins de supports).
Ces deux approches, combinées, permettent de réinscrire la personne dans une continuité corporelle et émotionnelle.
Retrouver les chemins du plaisir, c’est à votre rythme et possible !
Parler de sexualité pendant la maladie : une nécessité, pas un luxe
Beaucoup de patient·es n’osent pas aborder ces questions avec leur médecin.
Par pudeur, par peur de déranger, ou parce que le sujet semble secondaire face à la gravité du diagnostic.
Mais la sexualité fait partie intégrante de la qualité de vie.
Oser en parler, c’est affirmer qu’on est plus qu’un corps malade.
C’est réaffirmer sa dignité, son humanité, son droit au plaisir.
Et c’est souvent une étape précieuse du processus de guérison — psychique, émotionnelle et corporelle.
Bien sûr, la sexualité peut passer au second plan de vos vies. Ce n’est pas toujours sources de souffrances d’ailleurs. C’est plutôt le manque d’attention, le manque de sensualité, la perte du sentiment de capacité à vibrer, qui marquent les individus.
Retrouver la vie dans la chair : un chemin singulier
Chaque parcours oncologique est unique.
Certain·es renouent vite avec le désir, d’autres ont besoin de temps, de douceur, d’accompagnement.
Mais tous partagent cette même réalité : le corps reste vivant.
La sexualité en contexte de cancer n’est pas un “bonus” de santé, c’est une façon de se réapproprier la vie, la sensorialité, la présence à soi.
Et parfois, quelques séances de parole, de toucher thérapeutique ou d’écoute bienveillante suffisent à raviver les étincelles du vivant.
Parlez en à votre professionnel de santé, à un sexologue spécialisé en oncologie.