Sexualité et post-partum : quand le corps renaît, doucement

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Après l’accouchement, tout change. Le corps, le rythme, la fatigue, les repères.
Et pourtant, la société, les magazines, parfois même l’entourage, laissent entendre qu’il “faudrait” vite retrouver sa vie d’avant, son corps d’avant, sa sexualité d’avant.
Mais le post-partum n’est pas un retour en arrière — c’est un passage. Un temps de réappropriation du corps, du couple, et du plaisir.

Le corps après l’accouchement : un nouveau territoire à habiter

L’accouchement, qu’il soit par voie basse ou par césarienne, laisse des traces (pas toujours de mauvaises traces) : Physiques, émotionnelles, sensorielles.

Les muscles du périnée ont travaillé, les hormones fluctuent, la cicatrice (périnéale ou abdominale) peut être sensible. Le sommeil manque, les seins changent, le corps n’a plus le même tonus ni la même disponibilité.

C’est normal.


Et c’est précisément là que commence le travail d’appropriation corporelle : réapprendre à écouter son corps sans le juger, à sentir ce qui est là, ce qui bouge, ce qui résiste.

L’ostéopathie, dans cette période, aide souvent à redécouvrir son corps et ses sensations post-accouchement (bassin, cicatrices, douleurs lombaires, inconforts pelviens) et à retrouver une forme de liberté de mouvement.


C’est une première étape avant même de parler de sexualité : retrouver le confort corporel, la respiration, la sensation d’un corps “à soi”.

Il y a aussi des traces et changements salvateurs : de nouvelles sensations périnéales, une autre manière de se sentir féminine, une prise de conscience de nos aspirations et envies profondes.

Désir, fatigue et charge mentale : la sexualité sous pression

Les premiers mois après un accouchement sont souvent marqués par la fatigue, la peur de la douleur, le sentiment d’être “prise” par le quotidien.
Le désir, lui, n’a plus forcément la même forme ni la même intensité.
Et pourtant, beaucoup de femmes se sentent coupables : de ne pas “avoir envie”, de craindre la reprise, ou de ne plus se reconnaître dans leur sexualité. Il n’y a pas que les femmes qui craignent cette reprise car les hommes / les partenaires aussi ! 85% dans l’ensemble appréhendent la reprise (mémoire de sage femme – Paquereau).

Le désir n’a pas disparu — il est en veille, parfois enfoui sous la fatigue, les hormones et les ajustements du couple.
Il a besoin de sécurité, de temps, de tendresse.
Et aussi d’un regard qui ne soit pas tourné vers la performance, mais vers la redécouverte : la peau, le contact, la lenteur, les caresses, le plaisir d’être touchée sans attente.

La communication avec le/la partenaire est ici essentielle : nommer ses peurs, ses besoins, ses limites, c’est déjà ouvrir la porte à une sexualité nouvelle.

Sexualité et périnée : apprivoiser les sensations

Le périnée, au cœur de la sexualité féminine et masculine, vit de grands bouleversements pendant la grossesse et l’accouchement pour la femme.
Entre hypertonicité, sidération, hypo- ou hypersensibilité, il peut devenir source d’inconfort ou d’appréhension.
C’est pourquoi la rééducation périnéale (et parfois abdominal-pelvienne) est une étape indispensable, non seulement pour la santé, mais aussi pour la confiance et le plaisir (il faut voir cela avec une kinésithérapeute spécialisée et/ou votre sage femme).

Certaines femmes découvrent, à travers ce travail, un rapport nouveau à leur périnée : une conscience corporelle plus fine, une meilleure maîtrise des sensations, un plaisir plus diffus mais plus profond.
Là encore, le corps montre qu’il peut se réinventer.

L’accompagnement sexologique : réconcilier corps, désir et identité

La sexualité du post-partum n’est pas un “retour à la normale” — c’est une nouvelle étape de vie.
Elle interroge le rapport à soi, au couple, à la féminité, au rôle de mère, au regard de l’autre.
Un accompagnement sexologique peut aider à déculpabiliser, à comprendre les mécanismes du désir, à se reconnecter à soi et à sa sensualité.

Et parce que le corps et le psychisme sont intimement liés, une approche qui associe travail corporel et parole thérapeutique permet souvent de retrouver équilibre et confiance.
Ce n’est pas seulement une question de sexualité, mais d’identité, de vitalité, de lien au vivant.

Oser demander de l’aide : un acte de soin

Parler de sexualité après un accouchement, c’est souvent oser se remettre au centre.
Ce n’est pas égoïste, c’est nécessaire.
Le plaisir, le désir, la tendresse sont des dimensions essentielles de la santé et du lien.

Chaque corps a son rythme, chaque couple son histoire.
Mais tous gagnent à ce qu’on prenne le temps d’écouter, d’accompagner, d’ajuster.

Parce que la sexualité ne se perd pas avec la maternité : elle se transforme, elle s’enrichit, elle mûrit.

Pour un peu de lecture … l’ouvrage de Camille bataillon – sexologue – me paraît essentiel. Vous trouverez plusieurs ouvrages pertinents dans l’article bibliothérapie.