Les violences sexuelles laissent des traces.
Dans le corps mais aussi plus largement dans la manière d’habiter le monde.
Elles volent quelque chose d’essentiel : le sentiment de sécurité, la confiance en soi, parfois même la capacité à ressentir et à affirmer ses ressentis.
Et pourtant, malgré la parole qui se libère peu à peu, le silence reste immense.
La honte, la peur de ne pas être crue, le déni, le manque d’écoute dans les milieux du soin mais aussi dans les institutions … autant de barrières qui maintiennent trop souvent les victimes dans l’isolement.
Savoir aborder les violences sexuelles en consultation clinique devrait etre une compétence de tous les soignant.es. Cela nécessite d’etre formé et sensibilisé, de travailler avec un réseau de professionnels spécifiques. J’ai à coeur de pouvoir en parler brièvement ici, dans cet article, qui vise avec des mots très simples à mieux comprendre les mécanismes des violences sexuelles et leurs répercussions éventuelles.
Le corps : pas trop vite!
Les violences sexuelles ne sont pas “que psychologiques”.
Elles s’inscrivent parfois dans le corps : dans la respiration, les muscles, les gestes, le tonus.
Certaines personnes décrivent des douleurs chroniques, des blocages pelviens, une perte ou une hypersensibilité face au ressenti douloureux, une dissociation (émotionnelle, parfois physique) — cette impression d’être “coupé·e” de soi-même.
Ces réactions sont des réponses normales à un choc anormal.
Le cerveau a cherché à se protéger, parfois en se refermant corporellement, parfois en se coupant des sensations. Mes professeurs disaient « la violence du moment vécu fait disjoncter le cerveau ».
Le travail corporel peut aider à reconnecter le corps sans forcer, à remettre du mouvement là où il y avait de la peur. Mais parfois c’est trop tôt. Il m’arrive fréquemment de recevoir des personnes ayant vécu des violences sexuelles et qui se sont senties mal, ou dissociées, après une séance de thérapie manuelle (osteo, kiné, Sophro, la danse, ou quoi que ce soit qui touche au corps). Le travail proposé par des psychologues experts (souvent formé aux violences, à la victimologie clinique, en EMDR ou en hypnose) sera parfois le premier chemin thérapeutique, par la parole et à votre rythme. Dans le soin, c’est aussi reconnaître que le corps n’oublie rien.
Et que toute prise en charge doit se faire avec une conscience aiguë du vécu corporel de l’individu.
Chaque mot, chaque geste, chaque silence peut être réparateur… ou retraumatisant.
D’où l’importance d’une approche respectueuse, lente, éclairée.
Pouvoir en parler à un professionnel sensibilisé au sujet des violences me paraît être important. Il y a une manière d’aborder votre corps pour vous faire reprendre son plein pouvoir.
Les répercussions sur la sexualité : un silence souvent douloureux
La sexualité, après des violences, devient parfois un terrain de vulnérabilité (pas toujours).
Certaines personnes n’ont plus envie, d’autres se sentent submergées par l’angoisse ou la culpabilité.
Certaines “font comme si”, d’autres s’en éloignent complètement ou à l’inverse vivent une phrase d’hyper sexualisatio ou de prise de risque.
Chaque réaction est une forme d’adaptation, un moyen de survivre. Mais avec le temps, beaucoup expriment le besoin de retrouver une sexualité choisie, libre, apaisée.
Un espace où le consentement, l’expression des désirs, le plaisir, la confiance peuvent exister à nouveau.
L’accompagnement sexologique aide à remettre des mots sur ce vécu, à redéfinir ce qu’est le plaisir, à redonner une place au désir — sans injonction, sans norme, sans pression.
La parole, outil de libération et de reconstruction
En parler c’est aussi un acte de courage immense.
Raconter, c’est revisiter la douleur — alors cela doit toujours se faire dans un cadre sûr, bienveillant, accompagné.
Les professionnel·les formé·es (psychologues, sexologues, victimologues, médecins, associations spécialisées…) peuvent offrir cet espace de sécurité où la parole et le corps peuvent se réaccorder.
Ce travail est non linéaire, il permet peu à peu de reprendre le pouvoir sur son histoire, de redevenir sujet et de mieux se comprendre.
Ils peuvent vous aider (dans la région 44 Saint Nazaire, lieu de mon exercice libéral, ou à l’échelle nationale) :
- https://francevictimes44sn.fr/
- https://www.stopauxviolencessexuelles.com/
- https://arretonslesviolences.gouv.fr/associations-de-lutte-contre-les-violences-sexistes-et-sexuelles
Combattre les violences sexuelles : un devoir collectif
Les violences sexuelles ne sont pas des faits isolés : elles relèvent d’un système d’inégalités, de domination, de silences.
Les combattre, c’est non seulement accompagner les victimes, mais aussi former, prévenir, éduquer.
C’est apprendre à écouter sans juger, à croire, à accueillir.
Retrouver sa liberté : une reconstruction possible
Il n’y a pas de “guérison” au sens simple, mais il y a des reconstructions.
Des moments où la respiration revient, où le toucher n’est plus menaçant, où le plaisir devient possible à nouveau.
Des moments où la personne se sent à nouveau chez elle dans son corps.
Parler, se faire accompagner, prendre soin de soi — ce ne sont pas des signes de faiblesse, mais des actes de résistance et de vie.
Plusieurs ouvrages passionnants : les livres de la psychiatre Muriel Salmona, spécialiste en la matière. Vous retrouverez également quelques ouvrages spécifique aux violences sexuelles faites aux enfants et un outil que j’affectionne et que j’ulise au cabinet : le violentomètre (dédié aux violences en tout genre, je vous en laisse un aperçu concernant les adolescent.es).



