« Beaucoup d’hommes (et de femmes aussi, mais moins) viennent me voir en me disant : “Je n’arrive plus à faire l’amour sans images.” »
Derrière cette phrase, il n’y a pas de honte à avoir — seulement le signe d’un corps et d’un cerveau qui se sont adaptés à un certain mode d’excitation.
Loin d’être une question de “volonté” ou de “morale”, l’addiction à la pornographie est un phénomène neurophysiologique et émotionnel complexe.
Elle touche l’intimité, la sensorialité, le rapport à soi et à l’autre.
Cet article propose de comprendre les mécanismes en jeu, de critiquer le porno mainstream sans diaboliser toute forme d’érotisme, et surtout d’ouvrir des pistes concrètes pour se reconnecter au réel.
Évidement, puisqu’il traite du sujet de l’addiction, rien de mieux que l’addictologue pour vous aider : parlez en à votre professionnel de santé.
Ce qui se passe dans le cerveau : la boucle de la dopamine
Regarder du porno active le système de récompense du cerveau, via un neurotransmetteur bien connu : la dopamine (entres autres).
Cette hormone du plaisir est libérée à chaque pic d’excitation, créant un circuit de renforcement : plus on regarde, plus le cerveau en redemande.
Mais à force de stimulations intenses et répétées, le cerveau s’habitue.
Il faut plus d’images, plus de nouveauté, plus d’intensité pour obtenir le même effet.
C’est le mécanisme classique de tolérance que l’on retrouve dans toutes les addictions comportementales (jeux, écrans, réseaux sociaux…).
Résultat :
- Moins de plaisir dans les relations réelles
- Difficulté à ressentir l’excitation sans support visuel
- Érections plus mécaniques, moins connectées au ressenti corporel
c’est une adaptation du système nerveux à un environnement de surstimulation !
Ce qui se passe dans le corps : déconnexion et tension
L’usage compulsif du porno induit souvent une tension musculaire et mentale constante.
Le corps est stimulé, mais pas réellement engagé (dans son entièreté, c’est très centré sur les organes génitaux).
La sexualité devient cérébrale, parfois frénétique, souvent déconnectée du ressenti profond et du plaisir.
Finalement, la personne qui se sent addict au porno est surtout en grande souffrance morale – n’arrive pas à aller contre – dira souvent « c’est au dessus de mes forces et incontrôlables » et enfin, cela l’entrave dans sa vie quotidienne : au boulot, à la maison, dans son couple – le porno et l’idée de regarder du porno sera envahissant. C’est cette perte de contrôle de soi qui intéressera l’addictologue.
Dans mon cabinet, je retrouve fréquemment :
- Une respiration courte, coupée, sans connexion abdominale lors de thérapie manuelle
- Des troubles du sommeil ou de concentration
- une culpabilité voire de la honte
- D’autres difficultés intimes et d’autres addictions
Pleins de praticiens peuvent vous aider, avec leurs outils spécifiques rattachés au corps ou au mental.
Critique du porno mainstream : un imaginaire sous perfusion
Le porno mainstream, celui qu’on trouve gratuitement en ligne, repose sur des codes répétitifs :
- Sexualité performative, centrée sur la pénétration
- Corps stéréotypés, rapports de domination, scénarios violents
- Absence de communication, de consentement explicite, de plaisir féminin authentique
Ces images façonnent un imaginaire où le désir devient spectacle et le corps, instrument.
Elles créent des attentes irréalistes et nourrissent parfois la confusion entre excitation et domination.
Critiquer ce modèle, ce n’est pas être “anti-sexe” :
C’est refuser une sexualité standardisée, inégalitaire et violente pour revenir à l’érotisme comme expérience sensible, relationnelle et singulière.
Porno éthique et alternatives sensuelles
Heureusement, d’autres formes d’érotisme existent. Elles respectent les corps, les rythmes, les émotions, et proposent une sexualité plus consciente.
Le porno éthique et féministe existe.
Certaines réalisatrices (comme Erika Lust, Olympe de G) proposent un érotisme filmé autrement :
- Consentement explicite et diversité des corps
- Plaisir partagé, jeux de regard, lenteur
- Sensualité plus incarnée et réaliste
Ces productions peuvent rééduquer le regard, en réintroduisant du lien, de la tendresse et de la pluralité.
Pour se sevrer progressivement du porno mainstream, il est souvent utile de stimuler autrement l’imaginaire érotique :
- Littérature érotique : voir la bibliothérapie de la librairie la Musardine.
- Podcasts érotiques : Entre nos lèvres, Les histoires de Lila, Nouvelle école du plaisir
Érotisme audio ou littéraire : moins de stimulation visuelle, plus d’espace pour la sensation intérieure et la lenteur.
Ces supports permettent de réapprendre à imaginer, à ressentir, à désirer autrement.
Revenir au corps : se reconnecter au réel
Sortir d’une addiction au porno, c’est moins “se priver” que retrouver une liberté.
Quelques pistes concrètes :
- Pratiquer la masturbation consciente : sans images, en se centrant sur le souffle, le rythme, les sensations.
- Faire une pause visuelle : couper les écrans érotiques pendant quelques semaines pour redonner au corps la place du moteur. Vous pouvez écrire des scénarios érotiques, en lire, en écouter …
- Revenir au contact réel : toucher, câlins, massage, tendresse – redécouvrir la sensualité non génitale.
- Accompagnement thérapeutique : un travail sur la honte, l’estime de soi, la gestion du stress peut aider à restaurer le lien à soi et à l’autre.
L’idée n’est pas de bannir toute forme d’érotisme, mais de reprendre la main sur son excitation : redevenir acteur plutôt que consommateur.
🎧 Pour aller plus loin
Podcasts :
- Entre nos lèvres – Témoignages intimes sur la sexualité réelle
- Les couilles sur la table – Réflexions sur la masculinité et le rapport au corps
- Les histoires de Lila – Fictions érotiques audio