« Je sens que ça monte, mais ça ne sort pas. »
« Je contrôle trop, et à force… plus rien ne vient. »
Ces phrases, je les entends souvent en consultation.
Derrière l’éjaculation, il n’y a pas qu’un réflexe mécanique — il y a tout un système nerveux, émotionnel et corporel à l’œuvre.
Loin des clichés, les difficultés d’éjaculation (retard, anéjaculation, contrôle excessif) sont fréquentes, souvent mal comprises, et source de solitude ou de culpabilité.
Cet article vise à éclairer ces mécanismes, à démystifier le fameux “lâcher prise”, et à proposer des pistes concrètes de rééducation corporelle et émotionnelle.
L’éjaculation, un réflexe…
Sur le plan physiologique, l’éjaculation est un réflexe neuro-musculaire.
Elle implique la moelle épinière, le système nerveux autonome et le plancher pelvien, qui coordonne les contractions finales.
Mais cela dépend aussi :
- de la connexion entre le cerveau et le corps,
- De la capacité à faire monter l’excitation sexuelle,
- de l’état émotionnel,
- et de la sécurité intérieure ressentie au moment du rapport.
Autrement dit, l’homme n’éjacule pas sur commande, il éjacule lorsqu’il se sent prêt et en sécurité.
Entre garder le contrôle et dépasser le blocage
Le système nerveux fonctionne comme un équilibre entre accélérateur et frein :
- Le système sympathique (adrénaline) stimule l’excitation.
- Le parasympathique (calme, détente) permet le relâchement et l’orgasme.
👉 Lorsque le stress, la peur de l’échec ou l’hyper-contrôle prennent le dessus, le frein devient trop fort.
Le corps reste en alerte, incapable de basculer vers le « lâcher prise »nécessaire à l’éjaculation.
Ce blocage peut s’installer progressivement, souvent à la suite de :
- situations de performance (“il faut que j’y arrive”)
- contexte émotionnel tendu
- peur d’éjaculer trop vite ou de décevoir
Le cerveau, voulant “gérer”, finit par désynchroniser la tête et le corps.
Le plancher pelvien : centre du plaisir… et parfois du contrôle
Peu d’hommes savent situer ou sentir leur plancher pelvien, pourtant central dans la sexualité masculine.
Lorsqu’il est trop contracté, il empêche parfois la fluidité de la montée de l’excitation sexuelle.
Certains hommes présentent :
- une hypertonie (trop de tension musculaire et une perte de mobilité ) liée au stress ou au contrôle,
- d’autres, au contraire, une hypotonie (faible activation), souvent après certaines interventions chirurgicales, médications ou troubles neurologiques.
Ici, l’approche corporelle (ostéopathie, kinésithérapie pelvienne, relaxation, sophrologie) joue un rôle essentiel pour rééduquer la perception et la coordination bassin-respiration-périnée.
Ne pas oublier les causes médicales
Avant toute démarche thérapeutique à visée corporelle ou mentale, il est essentiel de consulter un médecin ou un urologue.
Certaines causes organiques ou médicamenteuses peuvent être impliquées :
- Effets secondaires d’antidépresseurs (ISRS), antihypertenseurs ou neuroleptiques
- Diabète, troubles neurologiques, interventions chirurgicales pelviennes
- Vieillissement, andropause ou atteinte nerveuse
- Le bilan médical permet d’écarter une cause physiologique et d’adapter le traitement si besoin.
C’est une étape de sécurité, non une “perte de temps”.
Bien au contraire, consulter un ostéopathe ou un sexologue sans avoir vu de médecin est une préoccupation majeure car nous passons peut être à côté de quelque choses. C’est ce que l’on appelle la perte de chance pour le patient.
Le “lâcher prise” : personne ne sait ce que ça veut dire
Tout le monde en parle, mais peu savent comment le pratiquer.
Le “lâcher prise” n’est pas une injonction (“détends-toi !”), mais un processus corporel et psychique.
Il ne s’agit pas de ne plus rien contrôler, mais de revenir à la sensation, d’autoriser la spontanéité. Et ça ne fait pas tout ! Ce n’est pas toujours un essentiel…
C’est la différence entre :
- se forcer à lâcher (et donc se crisper davantage),
- et s’autoriser à sentir (respirer, écouter, ne rien attendre).
En thérapie, on travaille souvent sur :
- la respiration abdominale et la détente pelvienne,
- la conscience du corps, sans objectif de performance,
- la sécurisation émotionnelle : se sentir accepté, compris, libre d’être soi.
Le plaisir et l’éjaculation ne reviennent pas par volonté, mais par reconnexion progressive au corps et au ressenti.
Pleins d’approches – corporelles, TCC, hypnose – peuvent vous aider mais ne sont pas non plus des baguettes magiques.
Vers une sexualité plus libre et incarnée
Les difficultés d’éjaculation sont souvent réversibles – hors origine médicale – à condition d’être comprises et accompagnées avec douceur.
L’éjaculation, C’est un réflexe. S’y rapprocher demande un apprentissage dans la sexualité : savoir faire monter son excitation.
Se reconnecter à son corps, respirer, ressentir, c’est déjà commencer à lâcher.
Et l’éjaculation rapide ?
Je n’ai pas (encore) traité de l’ejaculation prématurée, qui peut également être comprise exactement de la même manière : une difficulté de gestion de l’excitation sexuelle par un manque d’apprentissage, une vision penetro.centrée, une déconnexion corps – mental, des pratiques masturbatoires de décharge qui entraînent des patterns rapides, des conflits dans le couple avec un enjeu particulier autour du sexe, des hyper tonicités corporelles… sans oublier la partie médicale (prostatite, IST etc).
L’éjaculation prématurée est le trouble Sexuel masculin le plus fréquent
Ce que nous verrons ensemble en consultation de sexologie pour ce motif, sont les thèmes suivants (non exhaustifs mais fréquents) :
-La courbe d’excitation sexuelle.
– L’acclimatation sexuelle.
– La fréquence des décharges éjaculatoires.
– le stop and go comme techniques de gestion
– L’ouverture du corps mais aussi sa détente et sa conscience
– L’importance des caresses et La perception des stimuli érotiques
– Les plaisirs de la pénétration versus le plaisir de l’éjaculation.
– L’effet des positions sexuelles
– Les plaisirs partagés dans le couple et les attentes des partenaires
– la maîtrise de la peur d’échouer et la confiance en soi sexuelle
Rôle de la kinésithérapie périnéale, si mal connue des messieurs …
La rééducation du plancher pelvien – à la fois avec les exercices de Kegel et avec l’électrothérapie et le bio-feedback – bien qu’elle ne soit pas universellement reconnue comme étant efficace dans son intention étiologique, s’avère utile comme approche car elle permet aux patients de se familiariser avec leur propre corps et comme technique de relaxation utile dans la thérapie psychodynamique : elle a donc un rôle important dans la thérapie intégrée multimodale de l’éjaculation prématurée.
Et la thérapie manuelle pour l’ejaculation prématurée ?
D’une autre manière, la thérapie manuelle comme l’ostéopathie donne parfois des résultats prometteurs et surprenants pour le patient : la détente générale du corps, la prise de conscience du périnée et de la respiration, la modulation des ressentis douloureux lombaire, peuvent être aidant.
À lire : « ejaculation prématurée : compréhension et traitement par la thérapie sexofonctionnelle » par François de carufel ; ou encore « la mécanique sexuelle des hommes » par Catherine Solano. Ils datent un peu mais restent pertinents.