Les troubles de l’érection sont beaucoup plus fréquents qu’on ne l’imagine. Ils concernent des hommes de tous âges, parfois de manière ponctuelle, parfois de façon installée.
Pour beaucoup, ces difficultés génèrent anxiété, perte de confiance et parfois honte.
En tant qu’ostéopathe et sexologue, j’observe chaque jour à quel point ces troubles traduisent souvent une intrication de plusieurs causes : médicales, physiologiques et émotionnelles.
Comprendre le mécanisme de l’érection
L’érection est un phénomène neurovasculaire complexe, sous dépendance du système nerveux autonome :
- Le système parasympathique favorise la détente et la vasodilatation dans les corps caverneux du pénis.
- Le système sympathique, au contraire, intervient dans les situations de stress, d’action, et peut inhiber l’érection.
Autrement dit : plus le corps est détendu, plus l’érection est possible.
Tout ce qui augmente la tension corporelle ou mentale (stress, anxiété, fatigue, douleur, hypercontrôle) peut perturber ce mécanisme.
Les causes possibles : une approche globale
Les causes physiologiques
Certaines conditions peuvent altérer la vascularisation ou la transmission nerveuse :
- troubles circulatoires (hypertension, diabète, tabac, sédentarité, maladie neurologique et cardiovasculaire),
- effets secondaires de médicaments,
- baisse hormonale ou fatigue chronique, dépression…
Les causes émotionnelles et relationnelles
L’érection dépend d’un équilibre délicat entre excitation et sécurité intérieure.
La peur de « ne pas y arriver », les expériences passées, le stress de performance, ou encore des difficultés relationnelles dans le couple par exemple peuvent maintenir le corps en vigilance, empêchant la détente nécessaire à l’érection. Il arrive assez fréquemment que le couple soit le lieu de difficulté de communication, d’autres difficultés sexuelles portées par les partenaires, etc.
Les causes corporelles fonctionnelles
En thérapie manuelle, on retrouve souvent une perturbation du plancher pelvien et de la région lombosacrée.
Le corps garde aussi la mémoire de certains stress, chirurgies pelviennes ou traumatismes physiques, qui peuvent créer une inhibition réflexe de la fonction érectile. La kinésithérapie est une porte d’entrée intéressante pour travailler le périnée des hommes et mettre du mouvement dans le bassin en le conscientisant mieux. L’ostéopathie n’a pas fait ses preuves concernant les troubles érectiles. La dimension mécanique de la difficulté érectile peut être abordé par l’ostéopathe sensibilisé à ces questions, comme essai thérapeutique en travaillant main dans la main avec l’urologue, le sexologue, le kiné etc.
Les hommes qui viennent consulter en ostéopathie pour cette difficulté ont souvent l’impression que quelque chose de corporel ne va pas. Ils peuvent avoir vécu des antécédents de chirurgie sur la zone pelvienne qui a laissé un vécu négatif. Le thérapeute manuel peut faire un essai thérapeutique et toujours ouvrir les réflexions concernant les autres aspects de la difficulté : psycho émotionnel et médical (toujours vérifier avec le médecin ce qu’il en est).
L’approche sexologique, lorsqu’on est thérapeute corporel de formation initiale
L’accompagnement se fait toujours dans une approche globale et individualisée :
- Sur le plan corporel, la thérapie manuelle peut aider à rendre plus libre la zone lombaire et abdomino pelvienne, à restaurer la mobilité du bassin et à améliorer la circulation vasculaire. C’est surtout un temps dédié à la conscience corporelle, a la prise de conscience périnéale. Cela n’est pas toujours pertinent et nécessaire et cela dépend des patients, leurs demandes et leurs vécus. Des outils de respiration, relaxation et conscience corporelle permettent d’apaiser le système nerveux et de soutenir le processus.
- Sur le plan sexologique, il s’agit d’explorer la relation à soi, aux autres, au corps et à la sexualité : mieux se comprendre en faisant sa ligne de vie érotique (de l’enfance à aujourd’hui), redécouvrir les sensations érotiques à travers de nouveaux apprentissages intimes (seul ou à deux avec partenaires), sortir de la logique de performance (trop souvent liée à la pénétration et donc l’obtention obligatoire de l’erection mais aussi la pression des attentes des partenaires et nos propres attentes parfois irréalistes), retrouver de la confiance en soi sexuelle (en limitant les renforçateurs négatifs et les échecs, les dénigrements) et retrouver la notion de plaisir partagé.
Retrouver une sexualité vivante et apaisée
Les difficultés érectiles ne définissent pas la virilité ni la valeur d’un homme. Elles sont souvent une opportunité d’écoute du corps, un signal invitant à ralentir, à mieux respirer, à reprendre contact avec soi.
L’objectif n’est pas seulement de « retrouver une érection », mais de mieux se comprendre érotiquement pour ne pas subir les aléas lors des temps intimes.
Conclusion
Comprendre les troubles de l’érection, c’est accepter qu’ils soient multifactoriels — d’origine médicale, physiologiques, mécaniques et surtout émotionnels.
Une prise en charge globale – avis médical et thérapies associant approche corporelle (peu importe le type: kiné, osteo, hypnose, Sophro) et sexologique, permet non seulement de traiter le symptôme, mais surtout de restaurer la compréhension de son soi érotique, la confiance au cœur de la satisfaction intime.
🎧 Podcasts
- Sexosafe — Podcast (animé par Santé Publique France) qui traite, entre autres, des troubles de l’érection.
- Sexo’Clock — Podcast animé par le Dr Damien Mascret, qui aborde la sexualité sous toutes ses facettes, ce qui peut enrichir la dimension éducative de ton article.
- Le Point Q du SSU — Podcast produit par le service universitaire “Vie affective et sexuelle” à l’Université Clermont Auvergne, qui traite aussi des injonctions à la performance sexuelle et de la pornographie