En tant que sexologue, je rencontre de plus en plus d’adolescentes et jeunes adultes lesbiennes ou en questionnement. Beaucoup expriment la même difficulté :
« Je ne sais pas comment me construire… Je n’ai pas de modèles. Mes ami.es ne sont pas homosexuel.les et pour eux le sexe c’est forcément de la pénétration »
L’adolescence est un moment clé, où l’identité affective, sexuelle et relationnelle se structure. Lorsque l’on est LGBTQI+, la construction peut être complexifiée par un manque de représentations positives, de ressources accessibles et de discours bienveillants autour du désir entre personnes du meme sexe. Je parlerai ici précisément du désir entres femmes car c’est une population que je suis plus largement amené à acceuillir en cabinet, pour des raisons qui m’échappent.
Cet article vise à offrir un espace rassurant et informatif, pour les jeunes concerné·es mais aussi pour les parents, professionnel·les et adultes qui les accompagnent.
L’importance des représentations : pourquoi les jeunes lesbiennes se sentent-elles “sans modèle” ?
De nombreuses adolescentes me confient :
- qu’elles ne voient que peu d’histoires lesbiennes dans les médias
- que leur désir entre femmes n’a jamais été abordé dans leur éducation sexuelle
- qu’elles se sentent isolées dans leur collège/lycée
- qu’elles n’ont pas accès à des espaces où parler librement
Contrairement aux garçons gays, qui bénéficient aujourd’hui de davantage de visibilité médiatique (même si encore insuffisante), les lesbiennes restent souvent invisibilisées, ou hypersexualisées pour un regard masculin, ce qui n’aide pas les jeunes à se construire.
L’absence de modèles peut entraîner :
- confusion
- sentiment d’être « anormale »
- honte
- difficultés à imaginer une vie amoureuse stable
- méconnaissance du corps féminin et de la sexualité sapho
- peur du rejet
C’est une réalité que j’entends régulièrement en consultation.
Quand on aime les personnes du même sexe : comment se construit l’identité à l’adolescence ?
L’orientation sexuelle n’est pas une décision : c’est une découverte progressive de ce qui nous attire, nous touche, nous émeut ou nous fait vibrer.
Pour les adolescentes lesbiennes, plusieurs étapes sont fréquentes :
1. La prise de conscience : “Ce n’est peut-être pas comme mes amies…”
Les premiers signes peuvent être :
- une attirance émotionnelle plus intense pour une amie
- un intérêt fort pour une fille dans les couloirs
- des imaginaires tournés vers les femmes
- une absence d’intérêt pour les garçons
Ce n’est pas toujours explicite ; parfois c’est simplement une sensation.
2. Le questionnement : “Est-ce que je suis lesbienne ? bi ? autre ? Ai-je besoin de me définir ? ”
Il est normal de se questionner longtemps.
L’identité est un chemin, pas une étiquette imposée.
3. La recherche de ressources
Sans modèles, les jeunes se tournent vers :
- internet
- réseaux sociaux
- contenus fictionnels
- influenceuses LGBTQI+
Parfois malheureusement vers des contenus hypersexualisés ou non adaptés à leur âge, faute de mieux.
4. L’affirmation progressive de soi
Elle arrive plus tard, avec plus de confiance et de compréhension de qui l’on est.
Parfois à 14 ans, parfois à 25 ans : il n’y a pas de bon timing.
La sexualité sapho : un domaine encore très peu représenté
Beaucoup d’adolescentes lesbiennes me disent :
« On n’apprend jamais la sexualité entre femmes. »
Et elles ont raison.
Les cours d’éducation sexuelle parlent :
- de pénétration
- de contraception
- d’hétérosexualité
- de risques liés au pénis
Pour les jeunes lesbiennes, cela peut créer un sentiment d’effacement :
« Où suis-je dans tout ça ? Ma sexualité n’existe donc pas ? »
Les besoins spécifiques incluent :
- comprendre le corps de la partenaire (ce n’est pas par ce que c’est comme notre corps, que l’on sait forcément faire)
- explorer les émotions et le consentement
- apprendre la communication intime
- connaître la protection sexuelle dans les relations entre femmes
- se sentir légitime dans leurs désirs
Une sexualité entre femmes n’est ni “moins vraie”, ni “moins complète”, ni “moins sérieuse”.
Elle est simplement différente — et trop peu enseignée.
Conseils pour les adolescent·es lesbiennes : comment se construire quand les ressources manquent ?
1. Ne pas se presser : votre identité n’a pas besoin d’être “fixée”
Vous avez le droit d’explorer, de douter, de prendre votre temps.
2. Chercher des représentations positives
Livres, séries, podcasts, comptes queer bienveillants…
(Il existe aujourd’hui un peu plus de ressources que par le passé.)
Je vous recommande le site du CRIPS Ile de France, certains site de planning familiaux proposent également beaucoup de ressources.https://www.planning-familial.org/fr/le-planning-familial-dille-et-vilaine-35/ressources-sante-des-personnes-lgbt-398
Il faut savoir que le porno mainstream n’est absolument pas représentatif de vos sexualités, encore moins lesbiennes. Des ouvrages comme – Au dela de la pénétration de Martin Page, Jouissance club, June plat, Tous les livres de la collection L’ardeur de Thierry MAGNIER, le kama sutra queer: manifeste érotique saphique, de Lou dvina, Sexo Queer De Gwen Ecalle, sont ceux que je recommande souvent.
3. Parler à une personne de confiance
Une amie, une sœur, un adulte safe, ou un.e professionnel.le. de santé.
4. Trouver des espaces LGBTQI+ inclusifs
Associations locales, centres LGBTQ, groupes de parole jeunes.
5. Se rappeler que votre sexualité est légitime
Votre désir entre femmes est normal, sain et valable.
6. Éviter la comparaison
Votre chemin n’a pas à ressembler à celui des autres.
Comment les parents peuvent soutenir leur adolescent·e LGBTQI+ ?
Pour un parent, l’essentiel est :
- d’écouter sans minimiser
- d’éviter les questions intrusives
- de rassurer sur la normalité et la sécurité
- de respecter le rythme de son enfant
- de valoriser son identité, même en questionnement
Un parent n’a pas besoin de tout savoir.
Il doit simplement offrir un cadre sécure et inconditionnel.
En consultation : comment j’accompagne les adolescent·es lesbiennes ?
Ma posture de sexologue repose sur :
- une écoute sans jugement
- un cadre respectueux et confidentiel
- une aide à comprendre son identité affective
- une explication de la sexualité sapho adaptée à l’âge
- un travail sur l’estime de soi
- des ressources concrètes pour se sentir moins seule
L’objectif n’est jamais d’étiqueter, mais d’aider l’adolescente à se comprendre, à se sentir légitime et à se construire sereinement.
Besoin d’un espace pour parler librement ?
Je reçois les adolescent·es LGBTQI+ (et leurs parents s’ils le souhaitent) pour les accompagner dans leurs questionnements, leur construction identitaire et leur sexualité, avec douceur, bienveillance et confidentialité.